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	<title>Savetibet &#187; Perspective historique</title>
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		<title>Perspective historique et culturelle du Tibet</title>
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		<pubDate>Thu, 12 Nov 2009 14:51:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>totodernoncourt</dc:creator>
				<category><![CDATA[Le Tibet en bref]]></category>
		<category><![CDATA[Perspective historique]]></category>

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		<description><![CDATA[La politique chinoise au Tibet, depuis l'arrivée des premières colonnes armées en 1950, a été vécue comme un véritable cataclysme par le peuple tibétain...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>par<strong> Katia Buffetrille<span style="font-weight: normal;">, Ethnologue, tibétologue, Ecole pratique des Hautes-Études</span></strong><br />
<strong>Source :</strong> 31 mars 2008 &#8211; Audition sur le Tibet &#8211; Comité des Affaires étrangères du parlement européen – Mise à jour de la situation actuelle après l’interruption des négociations avec la Chine &#8211; Intervention de Katia Buffetrille des École pratique des Hautes Études.</p>
<p><strong><a rel="lytebox" href="http://www.savetibet.fr/wp-content/uploads/2010/01/perspective.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-423" style="margin-top: 4px; margin-bottom: 4px; margin-left: 6px; margin-right: 6px;" title="perspective" src="http://www.savetibet.fr/wp-content/uploads/2010/01/perspective-212x300.jpg" alt="perspective" width="191" height="270" /></a></strong></p>
<p><strong>La politique chinoise au Tibet, depuis l&#8217;arrivée des premières colonnes armées en 1950, a été vécue comme un véritable cataclysme par le peuple tibétain. Le contexte historique et culturel en explique les raisons.</strong></p>
<p>Dès le 7e siècle, les Tibétains ont constitué un empire unifié vaste et puissant dont la Chine redoutait les incursions. Elle le ménageait grâce à une politique de cadeaux et d&#8217;alliances matrimoniales, comme elle le faisait avec ses autres puissants voisins dits «barbares», les Turcs et les Ouïgours. Les Tibétains rivalisaient avec la Chine des Tang en Asie centrale, et en 763, la capitale chinoise (actuelle Xian) est conquise. Cette période glorieuse est marquée par l&#8217;introduction du bouddhisme adopté comme religion d&#8217;État au VIIIe siècle et par un grand essor culturel et intellectuel qui forgent l&#8217;identité culturelle et linguistique des Tibétains.<br />
La désintégration de l’empire au IXe siècle marque un retour au morcellement féodal. Mais la Chine d’après les Tang est aussi divisée avec des dynasties étrangères au nord, et des dynasties chinoises, Han, au sud. Au XIIIe siècle, les Mongols de Gengis Khan finiront par la réunifier à leur profit.<br />
Avec les empereurs mongols de la dynastie des Yuan (1277-1367), notamment Kubilai Khan, une relation politico-religieuse particulière s&#8217;instaure entre les empereurs régnant à Pékin et des hiérarques tibétains. Dans cette relation, le maître spirituel tibétain donne enseignements et initiations, alors que le monarque, son disciple et bienfaiteur, lui offre patronage matériel et aide militaire contre ses rivaux. Cette relation devient pour les Tibétains le modèle idéal de relation avec les souverains étrangers puissants. Elle leur permet, même sous loi mongole, de continuer à s&#8217;administrer.</p>
<p>La dynastie chinoise des Ming (1368-1644) qui, au XIVe siècle, succède aux Yuan mongols n&#8217;a pas de politique hégémonique en Asie centrale. Les princes mongols sont encore puissants dans cette région, et c’est avec eux que les Tibétains réactivent cette relation politico-religieuse : ce sont des Mongols qui donnent l’appellation de « dalaï-lama » à l’un des chefs religieux tibétains (1578), puis qui offrent au 5e dalaï-lama le pouvoir spirituel et temporel sur le Tibet (1642).<br />
Au XVIIe siècle (1644) la dynastie mandchoue des Qing conquiert la Chine. Les Mandchous, fortement bouddhistes, ont cependant une politique très expansionniste : ils doublent le territoire conquis aux Ming, soit par la conquête, soit en établissant des liens personnels avec les souverains voisins (princes mongols et dalaï-lama). Dans ce que l’on a appelé un protectorat mandchou au Tibet, les Mandchous prennent pour modèle la relation politico-religieuse instaurée par les Mongols avec les Tibétains. Bien qu’ambiguë, cette relation n&#8217;a jamais été fondée sur la subordination. Le contrôle mandchou est limité. Ainsi, quand en 1720, les troupes impériales pénètrent pour la première fois au Tibet Central, une garnison et deux représentants du pouvoir mandchou sont installés à Lhasa. Ils ne feront que superviser une organisation sociale et politique tibétaine et les dirigeants effectifs du pays restent, dans une très large mesure, tibétains. CARTE Deux zones tibétaines, l&#8217;Amdo au nord-est et le Kham à l&#8217;est commençent, elles, à être intégrées sous des modalités diverses dans les provinces de la Chine mandchoue.<br />
En 1911, la dynastie mandchoue tombe et en 1912, les nationalistes chinois instaurent une république. Même si les Chinois jugent légitime d’être libérés des Mandchous, sinisés sans doute mais toujours ressentis comme « étrangers », ils ne reconnaissent pas ce droit aux autres populations et revendiquent, entre autres, le contrôle sur le Tibet. Mais en 1912, le 13e dalaï-lama fait expulser les quelques 3000 Chinois établis à Lhasa et en 1913, il proclame l’indépendance du Tibet. Peu au fait des usages diplomatiques, il néglige, cependant, de la faire reconnaître par les grandes puissances.<br />
Jusqu’à cette époque, la vie sociale, religieuse et culturelle des Tibétains n&#8217;avait guère été affectée par les vicissitudes politiques des siècles précédents. Si les identités locales étaient fortes, le bouddhisme, une culture bien spécifique et une langue savante écrite commune donnaient à la population de l’immense plateau tibétain le sentiment d’appartenir à un même ensemble partageant un grand nombre de traits identitaires. La société tibétaine était très hiérarchisée, confinée dans son mode de vie traditionnel, inégalitaire et une grande partie de la population vivait d’une production de subsistance. Seuls l’État, le clergé et les nobles pouvaient être propriétaires. Les paysans, la grande majorité de la population, étaient héréditairement liés à la terre et assujettis à des taxes et corvées qui frappaient non l’individu mais la maisonnée. Elles n’excluaient donc nullement les déplacements d’une partie des membres de la maisonnée. Par ailleurs, un système légal existait auquel les paysans pouvaient faire appel. La vie était difficile mais à l’égale de celle de nombreuses sociétés traditionnelles. Il convient de noter qu’en dehors de catastrophes naturelles, le Tibet n’a connu ni famine, ni soulèvement populaire notable.<br />
Il est indéniable que le bouddhisme a façonné la civilisation tibétaine et pénétré la plupart des activités de la vie quotidienne. Les religieux avaient pour fonction de réguler les relations entre les humains et le monde des esprits grâce aux pratiques et rituels. En contrepartie, les laïcs assuraient leurs besoins matériels. Une foi profonde habite tout Tibétain et la vénération que tous ont toujours démontrée envers le dalaï-lama, considéré comme l’émanation d’Avalokiteshvara, la divinité protectrice du Tibet, fait partie intégrante du bouddhisme tibétain. Son palais, le Potala, et les grands monastères de Lhasa, étaient des lieux de pèlerinage : plus qu’une ville, Lhasa était un lieu saint.<br />
Ce fut donc un choc terrible pour les Tibétains d’apprendre le 1er janvier 1950 que l’Armée populaire chinoise de libération avait pour mission « de libérer le Tibet de l’impérialisme anglais et américain. » L’armée tibétaine ne put s’opposer longtemps aux troupes chinoises. L’intégration forcée du Tibet à la Chine qualifiée par les Chinois de « libération pacifique » fut formalisée par l’Accord en 17 points signé en 1951 qui mettait en évidence le statut indépendant du Tibet d’alors. Cet accord – qui ne concernait pas les zones tibétaines de l’est et du nord-est, Kham et Amdo, déjà intégrées dans des provinces chinoises &#8211; s’engageait « à ne pas modifier les systèmes politiques en vigueur au Tibet, le statut, les fonctions et les pouvoirs du dalaï-lama » (article 4) et à respecter  « les convictions religieuses, les coutumes, les usages du peuple tibétain ainsi que les monastères des lamas » (article 7).<br />
Mais en 1955, les réformes, responsables d’un nombre considérable de morts dans toute la Chine, entraînent des soulèvements de population dans le Kham et l’Amdo. Une partie de la population fuit vers Lhasa où la tension grandit entre Tibétains et Chinois. En 1959, la population de Lhasa se soulève. La répression est terrible. Le dalaï-lama prend le chemin de l’exil en Inde.<br />
Depuis, les autorités chinoises, sous prétexte d’éradiquer les structures féodales de Tibet, s’attaquent à sa culture et sa religion. L’année 1965 voit la création de la Région Autonome du Tibet (RAT) constituée du Tibet central et du Kham occidental. À partir de 1966, le Tibet, comme la Chine, est balayé par la Révolution Culturelle avec les ravages que l&#8217;on sait.<br />
Si les années 1980 marquent une certaine libéralisation (religieuse, économique) au Tibet, le projet civilisateur chinois est toujours présent. Il s’agit désormais de moderniser le Tibet, de lui apporter un progrès dont la Chine serait détentrice. La sinisation et l’assimilation se sont donc poursuivies activement et ont conduit aujourd’hui à une importante marginalisation des Tibétains dans leur propre pays :<br />
Ainsi, les personnalités politiques tibétaines occupent des positions essentiellement honorifiques ; les postes décisionnels sont occupés par des Han qui mettent en œuvre la politique des autorités centrales. La migration han, accélérée par la construction du train, a transformé les villes tibétaines en villes chinoises. Le chinois remplace le tibétain comme langue administrative, économique et d’éducation. Une partie des coutumes sont réduites au statut de folklore quand elles ne sont pas sinisées. Le tourisme, en pleine expansion, participe à cette dénaturation. Lhasa est menacé d’un nouveau plan de modernisation alors que bars, commerces et boîtes de nuit y pullulent déjà.<br />
Économiquement, la croissance est réelle mais profite aux citadins majoritairement chinois dont les revenus sont 4 fois supérieurs à ceux des ruraux. Or, 85% des Tibétains sont des ruraux. D’un côté, le mode de vie traditionnel des pasteurs nomades et des agriculteurs est menacé sous prétexte de protection de l’environnement, de modernisation et d’ « embellissement » ; de l’autre, ils trouvent difficilement leur place dans la nouvelle économie sinisée où ils ne peuvent rivaliser avec la main-d’œuvre chinoise.<br />
Enfin, le bouddhisme, si étroitement associée à l’identité ethnique et à la personne du dalaï-lama, a toujours été fortement contrôlé, surtout depuis 1995. Mais il est l’objet d’une répression des plus sévères sur l’ensemble du Plateau tibétain depuis les événements du printemps 2008.</p>
<p>En conclusion, je dirais que ni la supposée arriération de la société tibétaine traditionnelle, ni l’histoire ne justifie la politique menée par les autorités chinoises au Tibet. En cherchant des sources historiques pour montrer que le Tibet fait partie intégrante de la Chine depuis des temps très lointains, les autorités chinoises veulent faire croire au monde que le problème tibétain est un problème  intérieur à la Chine. Il n’en est rien.<br />
Nous sommes confrontés au problème des Droits de l’Homme et à celui du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Cette situation coloniale explique parfaitement la frustration et le désespoir des Tibétains de l’ensemble du Plateau tibétain qui ne veulent pas disparaître, totalement assimilés.</p>
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