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h3>Pour la liberté, pour le droit d”étudier leur langue et de pratiquer leur religion, ils sont déjà trente à s”être immolés. Aux yeux de la Chine, ils ne sont que des “terroristes”. Tibet, reportage au pays interdit – 5 Avril 2012

http://gauthier.blogs.nouvelobs.com/archive/2012/04/05/tibet-l-arme-du-sacrifice.html

Véranda au domicile de Sonam Dargye, à Shabrang, transformée en chapelle ardente

Sous de grands portaits souriants du dalaï-lama suspendus aux murs, un autel improvisé occupe tout le fond de la véranda. La foule compacte qui s’entasse dans l’espace exigu observe un silence impressionnant. Brillant de ferveur et de fierté, les regards sont fixés sur une petite photo posée sur un tas d’écharpes cérémonielles : chemise blanche boutonnée, raie sage sur le côté, l’air timide, un frêle visage s’offre aux nombreux visiteurs accourus des quatre coins du haut plateau.

Habillés de leurs plus beaux brocards, ils viennent en procession vers le hameau de Shabrang, perdu dans un vaste paysage au bout d’une mauvaise route de terre. Ils grimpent le chemin boueux entre les murs de terre crue et des toits de chaume et vont déposer avec déférence leurs cadeaux au pied de l’autel – du thé en briques, des sacs de céréales, des mottes de beurre… La personne chargée des offrandes prend note des dons en espèces, des sommes importantes eu égard à la pauvreté de la région. Puis les visiteurs se plantent devant la modeste effigie de Sonam Dargye, et récitent des prières en l’honneur du petit paysan devenu héros du peuple.

Offrandes devant l'autel de Sonam Dargye, à Shabrang

Sonam est en effet le trentième Tibétain à s’être immolé par le feu. Contrairement à la plupart de ceux qui l’ont précédé, il n’était pas un moine, mais un campagnard illettré qui n’a pu envoyer aucun de ses quatre enfants à l’école. A 44 ans, il avait des soucis normaux, comme cette maison à construire pour son aîné en âge de se marier. Pour payer les travaux, il confectionnait des moulins à prière au monastère de Rongwo, dans la ville voisine de Rebkong.

Tout bascule le 17 mars. Sonam se prosterne devant le portrait du dalaï-lama. Puis il boit de l’essence. Au pied du monastère, il s’enflamme comme une torche en criant : « Nous voulons le retour de Sa Sainteté le dalaï-lama ! ». Pour empêcher les policiers de s’emparer de lui, il a pris soin d’enrouler son torse de coton imbibé d’essence et de fil de fer barbelé. Un employé qui passait par là a filmé la scène avec son téléphone portable. Il montre des images très dures de Sonam essayant encore de lever le poing – comme le font tous les immolés – alors qu’il est déjà entièrement la proie des flammes.

Funérailles de Sonam Dargye à Rebkong

Rebkong est sous le choc. Contrairement à la province voisine du Sichuan où les incidents de ce genre se succèdent depuis un an, la ville n’en a connu aucun avant ce 14 mars, date anniversaire du soulèvement de Lhassa en 2008.
« L’esplanade s’est remplie en un clin d’œil, raconte l’employé. Les policiers sont arrivés en force pour nous disperser, mais nous étions tellement plus nombreux qu’ils ont renoncé. Ce sont des moines âgés qui ont maintenu l’ordre. Ils ont fait des funérailles publiques solennelles, puis tout le monde est monté sur la colline pour assister à la crémation. Les gens étaient tellement émus… ». Selon des témoins, la foule aurait atteint 8 000 personnes – la plus importante concentration jamais enregistrée dans cette ville de 80 000 habitants.Bouleversés, des passants portent le cadavre calciné sur l’esplanade du monastère – là où, trois jours plus tôt, le 14 mars, un ami de Sonam, le moine Jamyang Palden, avait accompli le même geste radical.

Pourquoi Sonam Dargye a-t-il accompli un geste aussi extrême ? Etait-ce par colère ? Par défi ?
Par désespoir ? Par imitation ? Dans la modeste maison de Shabrang, la question reste sans réponse. L’épouse, Dolkar Kyi, souffre de problèmes cardiaques depuis l’événement. Accroupie sur l’estrade qui lui sert de lit dans sa minuscule chambre, un goutte-à-goutte fiché dans le poignet, elle a à peine la force de saluer le flot de visiteurs. Quant aux enfants, dont le plus jeune a 6 ans, ils ne parlent que le patois. C’est un parent, un énergique quadragénaire, qui répond aux questions – en évitant tout propos problématique. « Mon cousin était pauvre, mais l’argent n’était pas un souci pour lui, affirme-t-il. Il était très pieux, et faisait souvent des pélerinages ». Selon lui, personne ne peut décrire l’état d’esprit de Sonam, personne n’ayant eu connaissance de son projet. Quant à exprimer ce que ressentent les proches – approbation, fierté, etc. – il reste encore plus évasif : « Excusez-nous, ce sont des choses dont on ne peut pas parler »

Dolkar Gyi, épouse de Sonam Dargye, à Shabrang

Pour Pékin, confronté à un mode de contestation aussi inédit que radical, les immolés sont purement et simplement des « terroristes » manipulés par l’étranger. Peu importe le soin qu’ils prennent à ne nuire à personne. Tous leurs proches risquent d’être tenus pour complices. Dans les localités tibétaines du Sichuan, dirigées par des durs qui continuent à appliquer des méthodes dignes de la révolution culturelle, les survivants sont traités comme des criminels. A Aba, théâtre de la moitié des cas d’immolation, chaque incident est suivi d’arrestations, ce qui entraîne de nouvelles immolations. Un cercle vicieux, qui ne présage que des lendemains terrifiants.

Même inquiétude à Tongde, à 200 Km de Rebkong, où la police a réagi le 16 mars à une manifestation rassemblant un millier de personnes, en jetant des grenades au milieu de la foule. Impossible de connaître les détails de l’incident. Mais il y aurait plusieurs blessés, selon un jeune moine rencontré dans un monastère proche de la ville. « Nous avons nous aussi protesté près d’ici. Ce qu’on veut ? La liberté. On n’est pas libres. On ne peut pas pratiquer notre religion librement. On ne peut pas rencontrer notre chef spirituel. On ne peut pas étudier notre langue dans les écoles, ils basculent tous les cours vers le chinois. On ne peut même pas s’immoler sans mettre en danger sa famille ou son monastère… » Le jeune homme redoute que la province du Qinghai n”applique des politiques restrictives rodées ailleurs : « A Lhassa, un monastère ne peut avoir plus de 30 moines, là où jadis on en comptait des milliers ! Ils veulent tuer à petit feu le système monastique qui est un pilier de notre existence… »


Les parents de Sonam Dargye, et ses frères et soeurs à Shabrang

A Rebkong, dont le secrétaire du Parti pratique une approche plus souple fondée sur le dialogue avec les hauts lamas, l’explosion de violence a été évitée malgré l’immense émotion déclenchée par les deux sacrifices de mars. « C’est vrai, ils sont moins féroces ici, reconnaît un enseignant. Mais regardez ce qui se passe : la langue tibétaine est battue en brèche dans nos propres écoles, on est noyés de migrants chinois. Ils ont en fait décidé de nous éradiquer en tant que peuple. Ce qui suffit à expliquer le geste des immolés ».

Face à la prolifération des candidats au martyre, Pékin veut étouffer la révolte en tuant l’information dans l’oeuf. Le pouvoir a scellé l’espace tibétain, grand comme quatre fois la France et dispersé sur quatre provinces. Un cordon de barrages installés à des centaines de kilomètres en amont des lieux sensibles intercepte les journalistes étrangers. Quant à la presse chinoise, elle est sommée de reprendre les dépêches de l’agence Chine nouvelle. Internet est coupé sur le plateau, les téléphones portables sont écoutés. Quand on parle à un Tibétain, il prend la précaution non seulement d’éteindre son téléphone, mais de retirer la batterie…

Le Tibet est écrasé sous une véritable loi martiale qui ne dit pas son nom. Au Sichuan, les districts tibétains dépensent pour le maintien de l’ordre de quatre à six fois plus que les districts non-tibétains. Le nombre de militaires envoyés dans la région monte en flèche, laissant présager une répression armée. Mais rien ne semble à même de stopper la contagion sacrificielle. « Je suis persuadé que le mouvement va continuer, et même toucher de nouvelles catégories : des profs, des fonctionnaires… » prédit Tashi (le nom a été changé) un écrivain qui vit à Xining, la capitale provinciale. « C’est la seule forme de protestation qui nous reste : nous ne pouvons ni manifester, ni chanter, ni écrire, ni débattre sur les forums… 70 intellectuels et artistes sont en prison. » Les immolations sont donc à comprendre non comme des actes de désespoir, mais au contraire comme des actes de combat. « Depuis le soulèvement de 2008, les Tibétains ont compris que la liberté a un prix, qu’elle ne nous sera pas offerte », continue Tashi. Dans ce cas, pourquoi pas une révolte ouverte ? « A cause du dalaï-lama. Les gens veulent par dessus tout son retour. Comment pourrait-ils utiliser des méthodes qu’il désapprouve ? »

Jusqu’où ira l’hécatombe ? Tashi se rembrunit : « Au début on disait : A 15, l’ONU va intervenir. Puis on a dit 20. Nous en sommes à 30, et il ne se passe rien… Maintenant, les gens parlent de 2000 sacrifices, dit-il avec un frisson, un chiffre qu’on prétend tiré de l’histoire de la lutte de Gandhi contre les Anglais… »

Malgré l’aggravation de la répression, les Tibétains semblent pourtant étonnamment optimistes. « Bien sûr ! Je le suis aussi, déclare Tashi avec passion. J’avoue avoir longtemps cru que nous n’avions aucune chance face à la Chine… Et puis il y a eu le soulèvement de 2008 : et on a vu que nous étions un peuple exceptionnel, prêt à mourir pour la liberté, pour la justice. Tous ces immolés sont des héros qui nous donnent une force extraordinaire. Je suis persuadé que nous finirons par gagner, parce que la force morale gagne toujours contre la force physique ».


33 Tibétains se sont immolés en Chine, dont une vingtaine depuis le début 2012. La plupart sont de jeunes moines du district d’Aba, dans le Sichuan. Mais le mouvement s’est étendu à des nonnes, à un lama réincarné et à des laïcs, et se propage à d’autres régions tibétaines.


Zhu Weiqun, patron du Front Uni, organisme du Parti communiste chinois chargé du « dialogue » avec le dalaï-lama, veut renforcer le «nationalisme chinois» en abolissant le caractère « multiethnique » de l’Etat chinois. Il faut selon lui éliminer toute référence aux minorités ethniques et à leurs territoires, ainsi que les droits spéciaux comme celui d’être éduqué dans la langue de l’ethnie minoritaire.


L’agence Chine nouvelle traite le dalaï-lama de « nazi » : son projet d’autonomie pour le Tibet, qui prévoit de limiter l’immigration han, rappelle « l’Holocauste commis par Hitler contre les Juifs ». Le Centre Simon Wiesenthal exige des excuses pour « la double diffamation » faite aux victimes de l’Holocauste et à un leader spirituel qui « a toujours défendu des valeurs que les nazis ont cherché à détruire ».


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Témoignage d'un moine tibétain arrêté en Chine


Nouvelobs

Robert Badinter présente le Dalaï Lama à Bercy le 7 juin 2009

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