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Image : http://www.eurosduvillage.eu/

« En face de nous, beaucoup d’incompréhension »

Le bâtiment est très officiel et froid. Il accueille une centaine de personnes : diplomates, chercheurs, universitaires. C’est la mission diplomatique chinoise à Bruxelles, la voix de la Chine auprès de l’Union Européenne.
Pour avoir des renseignements sur ce que font concrètement ces officiels chinois, il faut s’armer de patience. Le service de presse n’est pas autorisé à parler « en direct » au téléphone. Les questions doivent être posées par écrit, à l’avance, les réponses sont fournies 2 à 3 semaines plus tard, très laconiques et par écrit également. Tout reste sous contrôle.
Nous obtenons quelques informations sur le service économique de vive voix : il est composé d’une équipe de 17 personnes, dont les principaux contacts sont les fonctionnaires de la Commission. Actuellement, deux enquêtes européennes sont en cours contre des sociétés chinoises.
 Un regret exprimé par cette source anonyme, une jeune femme parlant parfaitement l’anglais : « On passe beaucoup de temps à expliquer nos positions. En face de nous, beaucoup d’incompréhension ! ».
A notre demande d’interview du maître des lieux, la réponse est polie mais ferme.« L’ambassadeur Song Zhe est trop occupé pour vous recevoir ». L’homme a pourtant la réputation d’un homme accessible. Cinquante ans, économiste de formation, il a été pendant 9 années diplomate en Europe, dont 7 à Londres. L’Europe, c’est sa spécialité. 
L’ambassadeur se déplace régulièrement à Strasbourg : à chaque fois que le Parlement discute en session plénière d’une résolution importante pour la Chine. A Bruxelles, il participe à divers sommets, colloques, think tanks. Il accepte les échanges informels. En 2010, il s’est déplacé à quelques 80 événements et manifestations.

52 thèmes de discussion identifiés

Entre l’Europe et la Chine, il y a de quoi discuter. Changement climatique, coopération scientifique, propriété intellectuelle, accès aux marchés publics chinois… On ne compte pas moins de 52 thèmes de discussions identifiés, objets de réunions régulières. 
La Chine tente d’expliquer, de convaincre, de séduire.
Cela passe aussi par des initiatives plus grand public. 2011 a ainsi été décrétée« Année Chine-Europe de la jeunesse ». Et puis, une journée « portes ouvertes » sera organisée à la Mission Permanente de la Chine à Bruxelles, en mai prochain. Il sera alors possible de visiter le bâtiment décrit plus haut.

Des rapports difficiles avec le Parlement européen

L’ambassadeur Song a moins de soucis à la Commission qu’au Parlement. Le Parlement a en effet l’habitude de prendre position sur tous les dossiers « Droits de l’Homme » en Chine. Ainsi en est-il lorsque le 8 octobre 2010, le Prix Nobel de la Paix est décerné à l’intellectuel Liu Xiaobo, qui purge 11 ans de prison en Chine. Il appelait à la liberté d’expression ainsi qu’à l’instauration d’élections dans son pays. Le Parlement européen se réjouit de ce Nobel. Cela fait plus de 10 mois que des députés réclament à la Chine la libération de Liu Xiaobo. Le député vert allemand Reinhard Bütikofer interroge donc tout naturellement la Commission en novembre : « Quelles mesures va-t-elle prendre pour contribuer à libérer M. Liu en Chine ? ».
Ce genre de questions, la diplomatie chinoise n’aime pas du tout. Le fait qu’elle vienne d’un membre « suppléant » de la Délégation pour les relations avec la République Populaire de Chine, encore moins. Cette délégation, créée au Parlement à la fin des années 80, suit toutes les affaires qui font débat entre Pékin et Bruxelles. Elle est présidée par Renzo Rivellini, un député italien de droite. Une carrière politique à Naples, un slogan « Plus de sud en Europe ! ». Mais rien dans sa biographie qui évoque une quelconque connaissance approfondie de la Chine contemporaine.
La représentation chinoise à Bruxelles n’a sans doute rien à craindre du député Rivellini, mais lorsque d’autres députés osent critiquer la politique de la Chine au Tibet, c’est autre chose. En novembre 2010, une motion circule au parlement pour s’inquiéter de la prédominance du mandarin dans les écoles tibétaines. La riposte chinoise ne se fait pas attendre et arrive par mail : « La Chine fait des efforts pour le développement de la langue tibétaine, 10 000 professeurs bilingues sont recrutés dans les écoles. » Et l’Ambassadeur de conclure dans sa lettre : « J’espère que ces informations contribueront à la vérité sur notre désir d’une éducation bilingue au Tibet ». 
Un fonctionnaire du parlement résume : « Les Chinois recherchent le dialogue sur le sujet, mais dès qu’on aborde des questions précises, des noms, ils sont gênés »
Et rien de tel pour amadouer le Parlement que d’inviter les députés à une mission de découverte, tous frais payés par la Chine.« Des voyages d’une semaine, pendant lesquels on ne peut pas échapper à la propagande. Mais on le sait, avant de partir » confie un employé du parlement qui a accompagné un des groupes de parlementaires.

Reconnaissance de l’économie de marché et levée de l’embargo sur les armes : les deux priorités de la Chine

En deux ans, l’ambassadeur Song a rencontré deux fois Philippe Étienne, son homologue de la Représentation Permanente de la France à Bruxelles. « Un échange de vues assez général » commente Laurent Cabréra, conseiller économique pour les relations internationales, en charge de l’Asie.« Les Chinois sont plus actifs auprès des capitales que des représentations des États à Bruxelles ». Et font-ils une différence entre les grands et les petits États ? « Avec nous, ils sont directs et polis. Avec les petits États, des collègues m’ont rapporté qu’ils pouvaient être plus cassants. » Confirmation de cette attitude auprès d’un spécialiste de la Chine au Parlement européen : « Même si [les officiels chinois] affirment traiter tous les pays sur un pied d’égalité, ils ne sont pas naïfs, ils privilégient les grands ! ».
Ces derniers mois, deux affaires mobilisent la Chine auprès des 27. D’une part, la levée de l’embargo des ventes d’armes. Et d’autre part, la reconnaissance du statut d’économie de marché à la Chine. L’embargo date de 1989 et fait suite à la répression de Tiananmen. 
Le statut d’économie de marché est une revendication qui fait suite à l’adhésion de la Chine à l’OMC en décembre 2001. Ce statut faciliterait les exportations de la Chine vers l’Europe.
Les « aimables pressions » chinoises sur ces deux sujets s’adressent notamment à Lady Ashton, qui gère désormais les Affaires Étrangères de l’Union. L’Europe va t-elle faire un geste, va-t-elle négocier, en échange, le respect de quelques règles de bonne conduite dans le domaine économique ? 

Au siège de Business Europe, l’antenne du patronat européen, Carsten Dannöhl est conseiller à l’international, en charge de plusieurs pays d’Asie dont la Chine. « Nos relations avec le monde économique chinois à Bruxelles passent surtout par le personnel de l’ambassade. L’ambassade a aussi autorité sur une petite structure qui renseigne les entreprises chinoises qui veulent investir en Europe, la CCIPT – China Council for the Promotion of International Trade – qui emploie 2 personnes à Bruxelles. En dehors du cadre officiel, nous avons peu de contacts avec les sociétés chinoises ».

Des entreprises chinoises attirées par la dimension « capitale de l’Europe » de Bruxelles

Et pourtant, elles sont bien là. Implantées à Bruxelles à la fois pour conquérir le marché belge et conforter leur rayonnement européen. Car la capitale de l’Europe a valeur de symbole.
Ces derniers mois, les investissements et implantations d’entreprises chinoises à Bruxelles connaissent d’ailleurs une nette accélération.
Ainsi, sous l’impulsion du groupe chinois HNA, un énorme projet hôtelier se prépare à Woluwe-Saint-Lambert pour fin 2012, dans l’agglomération bruxelloise, à la place d’un ancien hôtel appartenant à la compagnie aérienne belge Sabena. Le plus luxueux hôtel cinq étoiles de la capitale européenne pourrait devenir le futur lieu de résidence du gouvernement chinois lors de ses visites officielles. 
Le symbole politique est clairement assumé par HNA.
Autres investissements, bancaires cette fois. Les deux plus grandes banques chinoises ont installé une succursale à Bruxelles, à deux mois d’intervalle. En décembre 2010, l’inauguration de Bank of China, l’une des 4 banques d’Etat compte parmi ses invités, le gouverneur de la Banque Centrale Belge, un ministre belge, deux ministres de la région de Bruxelles.
En janvier 2011, ICBC – International Commercial Bank of China -, numéro un mondial dans le domaine de la capitalisation boursière ouvre à son tour. Commentaire du ministre belge de l’Entreprise, Vincent Van Quickenborne :« On peut comparer les investissements de la Chine en Belgique aux investissements américains des années 60 et 70 »

Une autre analyse, celle-là à plus long terme et en off par un autre officiel : « Les banques chinoises vont permettre aux entreprises chinoises d’investir ou de racheter des entreprises locales. Elles s’intéressent aussi aux sociétés étrangères qui font des affaires avec la Chine. Et plus tard, elles entreront en compétition avec les banques locales, en jouant sur les coûts. ».

Des lobbyistes efficaces et discrets

Même si les plus grosses sociétés chinoises n’ont pas de bureaux officiels à Bruxelles, elles ont bien compris l’importance d’être proche des institutions européennes pour anticiper les ennuis à venir.
C’est le cas du géant Huawei Technologies, équipementier dans les télécoms d’origine chinoise – équivalent en taille du groupe Alcatel Lucent -, qui est enregistré auprès de la Commission européenne comme lobbyiste. Ses dépenses déclarées dans cette activité de lobbying européen sont estimées entre 50 000 et 100 000 euros en 2010.
Le siège de Huawei Europe est basé à Düsseldorf, en Allemagne. A Bruxelles, Huawei sollicite des consultants non chinois à Bruxelles. Témoignage anonyme une fois de plus. 
« Des employés basés à Düsseldorf viennent de temps en temps en formation. Ils parlent anglais et ont besoin d’un cours accéléré sur les subtilités du fonctionnement de l’Union Européenne. Huawei a besoin aussi de rendez-vous à la Commission. La société compte au moins 20 collaborateurs dans son service média, ils ne sous-traitent pas leur lobbying ».
Huawei était dans le collimateur de la Commission européenne l’an dernier, suite au dépôt d’une plainte de la société belge Option. Huawei possède en effet une petite activité de production de clés modem 3G qu’il vend très bon marché aux opérateurs européens. Du coup, Option, dont les produits étaient plus chers, a perdu tout son marché. Les Belges ont déposé plainte auprès de la Commission Européenne mais l’enquête n’est pas allée jusqu’au bout. Huawei a en effet proposé une alliance technologique sous forme d’un rachat à la société belge qui a naturellement retiré sa plainte, ainsi qu’un projet de centre de R&D commun en Belgique.
Dans le registre des lobbyistes chinois de la Commission Européenne, on trouve pêle-mêle un représentant des industries de teintures et pigments, une société de consultants basée à Hong Kong, des sociétés pas toujours très connues du grand public européen.
Par exemple, China Lanfa Enterprise, société de commerce spécialisée dans les ustensiles de cuisine, les vêtements et les lampes LED. Budget annoncé de lobbying : 500 000 euros. Ou encore Hutchinson Whampoa, un groupe aux multiples filiales : énergie, infrastructures portuaires, vente de détail télécommunications. La société déclare 250 000 euros de dépenses de lobbying en 2009.

« Les Chinois peuvent tout se permettre »

Paul de Clerck, animateur du collectifALTER-EU – Alliance for Lobbying Transparency and Ethics Regulation – est persuadé que « de plus en plus d’entreprises vont louer ici les services de consultants pour booster leur réputation auprès des décideurs européens ».
Une opinion partagée par un représentant d’un cabinet de conseil, anonyme, mais qui ne cache pas un certain alarmisme : « La grande question, c’est : où vont-ils s’arrêter dans l’occupation de l’Europe ? Les Chinois peuvent tout se permettre : contrôler des ports en Grèce, investir dans des aéroports, des réseaux Télécom, sauver quelques pays européens de la faillite ! » 
.
Et comment réagit la Commission ? Au cas par cas. Elle ne trouve par exemple rien à redire quand une société néerlandaise de fibres optiques – Draka Holding – est approché par un groupe chinois. La compétition a tourné finalement au profit d’un partenaire européen mais en amont, les politiques en France ou en Italie ont crié au scandale.
En revanche, la Commission n’est pas dupe sur les méthodes de lobbying douteuses.
Retour sur une bataille qui a opposé la CEPIFINE (Confédération des industries européennes du papier) et les grands industriels chinois du papier, en particulier Chenming Paper Group et une alliance de producteurs chinois et indonésiens.
Une opposition symbolisée par la mise en ligne d’un site internet, testé par les papetiers chinois : « Un million d’emplois est menacé dans l’imprimerie et l’édition européenne … Cliquez ici ! ». Il s’agissait de démontrer que les barrières douanières en Europe ont des conséquences catastrophiques pour la filière. Et qu’il fallait les laisser vendre leur papier en Europe à un prix très bas. Réaction outrée des professionnels français des industries graphiques : « On se moque du monde. C’est la Chine qui fait disparaître des emplois en Europe et pas l’inverse ! » 
La Direction de la Concurrence de la Commission Européenne a maintenu le cap, considérant que l’importation de papier chinois faisait l’objet de dumping. Le papier couché chinois, utilisé pour les documents publicitaires et les magazines, devrait être taxé de 39% dans les mois qui viennent. Une affaire quelque peu ironique quand on sait que le papier a été inventé… en Chine.

Une nouvelle ère pour dépasser les incompréhensions ?

Les faiblesses de la communication chinoise en direction de l’Europe, Stanley Crossick les a analysées. Cet « ami de la Chine » décédé récemment, était membre honoraire de l’Institut des Études Contemporaines Chinoises à Bruxelles. Il s’exprimait ainsi sans complaisance au printemps dernier « Les déclarations publiques de la Chine sont en général inappropriées et souvent contre-productives. Alors que les Chinois pensent être compris, leurs propos sont reçus par les acteurs européens comme des slogans, leur rhétorique est inaudible. Face aux critiques, les Chinois manquent souvent de réactivité. Ils devraient s’appuyer sur des communicants occidentaux pour fluidifier leur communication et leur lobbying ».
Le conseil sera certainement retenu. En attendant qu’une nouvelle génération de diplomates apprivoise les mœurs et les coutumes de l’environnement européen.
Inversement, les Européens devront aussi probablement évoluer, et apprendre à mieux connaître la Chine et à ne plus la percevoir uniquement comme une source de menaces.


édité le 22 février 2011 | Par Catherine VERGER sur http://www.eurosduvillage.eu/Comment-la-Chine-s-attaque-a,4562.html?lang=fr


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