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Six mois après la catastrophe, le rapport d’ICT revient sur les conséquences du tremblement de terre qui a frappé la région tibétaine de Yushu le 14 avril dernier!


Rapport d’International Campaign for Tibet, 18 Octobre 2010.

Le 14 avril 2010, un tremblement de terre de magnitude 6,9 a rasé la ville de Kyegu. La ville a une faible densité de population et est située dans la zone rurale tibétaine de Yushu, dans la province du Qinghai. Selon les chiffres officiels, le tremblement de terre a fait 2 698 morts et 100 000 sans-abris.
Le rapport d’ICT rend compte, six mois après, des conséquences du tremblement de terre et de la réponse donnée par les autorités chinoises :
 Les autorités ont décidé d’abandonner les plans d’hébergements temporaires dans les refuges. Rien n’a été dit sur la manière dont beaucoup de familles devront passer l’hiver.
 Toute expertise provenant d’ONG a été exclue par les autorités. Les rapports soulignent le statut précaire des personnels d’ONG ainsi que la surveillance et les incertitudes pour accéder au terrain pour les ONG extérieures. Le gouvernement a contrôlé la récupération des fonds d’ONG au profit des autorités chinoises. Ainsi beaucoup d’aide n’a pas été versée à ceux qui en avaient besoin.
 Les autorités ont exclu les Tibétains d’une participation au processus de reconstruction. Pourtant, Yushu est une zone avec un caractère identitaire tibétain fort, tant sur le plan historique que religieux et institutionnel.
 L’aide venant de l’extérieur du Tibet a été essentiellement faite dans le but d’aider les Tibétains à survivre aux conséquences dévastatrices du tremblement de terre. Elle a apporté des espoirs et a voulu casser le sentiment d’isolement qui a pour effet d’exacerber la frustration que beaucoup d’entre eux ressentaient face au contrôle strict de la reconstruction par les autorités chinoises à Yushu. Les Tibétains et le reste de la population se sont impliqués dans le travail humanitaire avec la détermination de survivre après le tremblement de terre.
En dépit des millions de dollars versés pour l’aide humanitaire et pour la reconstruction, la population de Yushu se trouve face à de sérieuses privations alors que l’hiver approche. Voulant éviter du gaspillage, les autorités ont déclaré en mai 2010 qu’il n’y aurait pas d’hébergements temporaires qui serviraient d’abri. Ainsi ont-elles investi dans la construction de structures permanentes (« les nouveaux villages socialistes »). On estime que cela prendra entre un à trois ans pour les achever. Une source en contact avec des Tibétains de Yushu a dit à ICT que pour l’heure, les hébergements temporaires accueillaient les bureaux du gouvernement, les entreprises de construction et les ONG, tandis que les tentes d’hiver étaient destinées aux locaux. Ainsi une famille de 4 personnes est éligible à obtenir une tente d’hiver, alors que les plus petites doivent l’acheter 100 yuans (soit 150 dollars US). Selon la même source, les officiels locaux ont donné l’ordre aux militaires participant à la reconstruction et à l’aide humanitaire de rassembler les tentes à l’extérieur des villes. Or, la majeure partie des habitants préfèrent au contraire rester sur leur terrain pour les protéger de toutes incertitudes du processus en cours. Par ailleurs, les habitants reçoivent de l’aide alimentaire (farine, riz) mais ils espèrent plutôt recevoir du combustible et des cuisinières à gaz, en raison de la rudesse de l’hiver.
« On ne sait pas comment les familles et les enfants feront pour survivre cet hiver », a déclaré l’ONG « le Projet Village tibétain » engagée à Yushu.
Outre les défis techniques et climatiques liés à la reconstruction, la situation politique à Yushu est devenue extrêmement tendue. Un membre d’une ONG qui a des contacts dans la zone a dit à ICT que les habitants étaient prêts à parler du processus de reconstruction et des autres développements dans la région. Cependant, toute personne qui abordera ce thème et plus particulièrement, le manque de transparence de l’aide financière, sera victime de mesures de représailles de la part du gouvernement. Cette aide financière provient essentiellement de dons et s’élève à environ 1.5 milliard de dollars. Elle a été dans les faits détournée.
En dépit de la vague de protestations au cours des six mois qui ont suivi le tremblement de terre, les questions restent ouvertes concernant la logique du processus de reconstruction. Comme le dit une source qui travaille dans la région de Yushu : « la seule chose qui soit claire, c’est qu’il n’y a pas de plan finalisé pour la reconstruction qui ait été approuvé ». Plusieurs sources dans la zone disent que les Tibétains sont effectivement exclus de la planification du processus de reconstruction. De multiples projets ont pourtant été proposés. Ils ont porté plainte et protestent ; ce à quoi les autorités locales répondent que seules les autorités de Pékin sont responsables de la planification et qu’il n’y a rien que les autorités locales puissent faire elles-mêmes. En juin, selon Radio Free Asia (RFA), des centaines de Tibétains ont protesté après que les officiels aient commencé à les évincer de leurs terres. La principale préoccupation des Tibétains est de ne pas perdre leurs terres et de ne pas devoir emménager dans des habitats permanents (soit des appartements, soit des complexes de type lotissement). A été également dit aux résidents dont la maison est restée intacte pendant le tremblement de terre qu’ils seraient peut-être éligibles à la garder pour autant qu’ils en aient l’accord.
Un rapport émanant du terrain a déclaré en juin que « les rapports sur les plans de reconstruction pour Jyekundo continuent de changer semaine après semaine. Quelques personnes ont déjà dû abandonner leurs maisons et déménager vers d’autres quartiers de la ville en raison des plans pour de nouvelles routes, de nouveaux centres ou parcs. Les récents rapports indiquent que beaucoup de résidents ont eu très peur de voir leurs maisons devenir des bureaux des autorités ; on ne sait toujours pas si cela va se produire. De plus, la manière dont seront reconstruites les résidences n’est pas claire. Certains plans montrent des maisons très petites (800 p² soit environ 74 m²) qui devraient accueillir des grandes familles tibétaines. Même les familles qui ont un autre endroit où aller souhaitent qu’un de leur membre reste dans la ville de manière à rendre compte de l’évolution de la reconstruction. »
Durant la réunion du 1er mai 2010 sur les thèmes de la réhabilitation post-désastre et de la reconstruction, le Premier ministre chinois Wen Jiabao a déclaré qu’il veillera à ce que la reconstruction des installations publiques (écoles, hôpitaux) soit une priorité. Lors d’une visite dans un temple bouddhiste tibétain, il a également affirmé que le gouvernement participera à la reconstruction des monastères locaux. Cependant, un conseiller gouvernemental a par ailleurs ajouté que la ville, une fois reconstruite, devra être « une ville éco-responsable et touristique ». Cela sous-entend qu’il s’agit avant tout de satisfaire les intérêts de spéculateurs extérieurs plutôt que ceux des locaux.
Les compagnies privées chinoises excluent les Tibétains de leurs offres d’emploi sur des chantiers liés à la reconstruction, au profit des travailleurs chinois, selon une source en contact avec des locaux de Yushu. En concurrence entre elles, ces compagnies sont amenées à soudoyer certains officiels qui sont bien loin de se soucier de la responsabilité et de la transparence financière sur les millions de dollars qui ont été versés en aide. Des appels pour la participation des Tibétains au processus de reconstruction ont été lancés par le Congrès américain qui a fait passer une résolution le 20 mai 2010, présentant ses condoléances aux personnes touchées par le séisme et soulignant le rôle majeur que les Tibétains devraient jouer dans le processus. Le député américain Mike McMahon (D-NY) qui a impulsé cette résolution a caractérisé Yushu de « berceau de la culture et de la religion tibétaine depuis des siècles ». Il a encouragé le gouvernement chinois à « inclure la population tibétaine locale aux plans de reconstruction ».
Peuplé à 97 % de Tibétains, Yushu se caractérise par une domination de leur commerce, avant le séisme. Ces Tibétains qui ont tout perdu lors du tremblement de terre se retrouvent évincés par des migrants chinois. En effet, ces migrants chinois tentent actuellement de créer de nouveaux business et de tirer bénéfices des efforts de la reconstruction. Yushu est une zone rurale et beaucoup des nomades vivent avec moins de 100 dollars par an. La période de reconstruction entraînera de fait des changements socioéconomiques graves pour eux. Leur vulnérabilité prouve le besoin de transparence financière et de responsabilité lors du processus.
Alors que le gouvernement tente d’articuler un plan spécifique pour guider le processus de reconstruction, il s’agit avant tout de concilier ce plan avec la stratégie de la « stratégie de développement occidental » (Western Development Strategy) qui définit l’ensemble des politiques de développement affectant les régions de l’Ouest de la RPC. Dans ce modèle de développement lancé par le président chinois Jiang Zemin en 1999 qui affecte 70 % de la RPC, les régions de l’ouest sont essentiellement exploitées pour leurs ressources minières dont l’utilisation alimentera le développement des autres régions de l’est et du centre. Toutes les critiques qui se lèvent contre le processus en cours à Yushu (les « nouveaux villages socialistes » ; l’exclusion des Tibétains à prendre part à ce processus ; l’absence de consultation des principaux actionnaires tibétains…) sont caractéristiques de l’orientation de « la stratégie de développement occidental » au Tibet.
Les ONG locales sont sujettes à une surveillance permanente. Tout recours à l’expertise d’ONG est strictement exclu par les autorités. On ne sait pas si les ONG de l’extérieur de Yushu pourront continuer d’intervenir dans la zone. Wang Zhenyao, l’ancien directeur du département sur le désastre et l’aide sociale au Ministère des affaires civiles, a déclaré : « tous les investissements du gouvernement vont à la construction d’infrastructure. Il manque des précisions ciblées sur les petits projets dont les victimes ont besoin. Si les organisations charitables peuvent mener ces projets grâce à des dons, elles pourront offrir des services flexibles et personnalisés qui favoriseront le bien-être des victimes ». En dépit des restrictions générales, des ONG mènent avec succès leurs projets et fournissent de l’aide vitale et des ressources aux habitants de la région. Des initiatives d’ONG portent sur l’aide d’urgence ; elles ont concouru avec le savoir-faire des autorités locales. D’autres initiatives se sont davantage focalisées sur la reconstruction d’écoles et d’hôpitaux tibétains. L’aide extérieure contribue à développer des projets sur du long-terme : rétablir les commerces des Tibétains ; reconstruire des écoles pour les moinillons et des monastères (comme celui de Thrangu).

Malgré les dévastations, les Tibétains de la région gardent une détermination forte. Une source a déclaré à ICT : « la tradition bouddhiste tibétaine est le cœur de la vie à Yushu. Les représentations de Sa Sainteté le Dalaï-lama sont interdites au Tibet mais malgré tout, parmi les ruines, en émergent encore certaines. Les morts sont brûlés mais la voix et les chants du peuple résonnent en prières. Cela signifie que le peuple garde confiance et a besoin de la religion dans ces périodes difficiles. »

Traduit par Elodie Bernard.
Rapport en anglais http://www.savetibet.org/media-center/ict-news-reports/kyegu-earthquake-six-months

Image : USGS (http://earthquake.usgs.gov)


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