Le plateau tibétain est une île dans le ciel, dont l’altitude moyenne oscille entre 4.000 et 5.000 mètres au-dessus du niveau de la mer. Véritable baromètre et château d’eau de l’Asie, les principaux fleuves asiatiques y prennent leur source et le plateau tibétain joue un rôle important dans le cycle de la mousson. Avec ses 46.000 glaciers, le Tibet constitue le troisième pôle mondial d’alimentation en eau douce, après l’Arctique et l’Antarctique. Malheureusement, la situation environnementale au Tibet est alarmante. Selon les météorologistes chinois, les températures du plateau tibétain augmentent deux fois plus vite que celles du reste du globe. Malgré le manque d’études et de données scientifiques disponibles, il s’avère qu’un grand nombre de glaciers est en phase de réduction, ce qui a entraîné à ce jour la création d’une trentaine de lacs. La désertification progresse : elle gagne chaque année du terrain à concurrence de 2.300 km2. Ce réchauffement climatique a un impact énorme sur le permafrost qui stocke à lui seul 12,3 millions de tonnes de CO2. A la veille du Sommet de Copenhague et du nouveau traité international ambitieux qui, nous l’espérons, conclura cette réunion des chefs d’Etat du monde, il faut rappeler que l’avenir du plateau tibétain, troisième pôle, est un enjeu majeur pour l’Asie et pour le monde entier. Ce n’est
pas un dossier exclusivement chinois ou tibétain, c’est un dossier qui concerne de manière significative autant les pays frontaliers que la communauté internationale.
Pour les scientifiques, les politiques de gestion et d’exploitation des terres au Tibet contribuent à l’accélération du réchauffement climatique et de la destruction de l’environnement. Ce sont là certains des messages que la délégation tibétaine tentera de faire passer au Sommet de Copenhague. Les principaux aspects de ces politiques sont :
–les extractions minières et gazières à grande échelle, accompagnées de l’utilisation de produits chimiques qui contaminent les sols et l’eau. A titre d’exemple, pour obtenir une tonne de cuivre, les concessionnaires doivent extraire et creuser dans la roche et le sol 2.000 tonnes de minerais ;
–les inquiétants déplacements et sédentarisations des nomades tibétains, afin notamment de faciliter la construction de grandes infrastructures. Les autorités chinoises ont l’intention d’étendre l’actuel réseau ferroviaire de 2.000 km de plus de 1.300 km d’ici 2012 ;
–la déforestation ;
–la migration massive de Chinois Hans vers les villes tibétaines qui n’est pas sans conséquence sur le fragile environnement et sur la marginalisation des Tibétains.
Ces constats alarmants rendent légitime la demande du peuple tibétain de pouvoir gérer lui-même un environnement qu’il connaît parfaitement notamment au travers de pratiques traditionnelles de préservation environnementale. Ils rendent tout aussi légitime le souhait d’implication des populations locales, et en particulier celle des nomades, dans les prises de décisions relatives à l’utilisation des ressources naturelles du Tibet telles que les minerais, l’eau, les forêts, les montagnes et les prairies. Légitimes sont aussi le souhait et la demande du respect par les autorités chinoises de la propriété des terres tibétaines. Les préoccupations et la demande environnementales font partie intégrante du souhait d’autonomie réelle du peuple tibétain. Au-delà du processus de dialogue et de négociation nécessaire entre les autorités chinoises et les représentants tibétains – qui malheureusement n’avance guère par manque de volonté réelle d’ouverture du gouvernement chinois – les gouvernements du monde doivent, au Sommet de Copenhague, et après celui-ci, explorer tous les mécanismes multinationaux pour œuvrer au Tibet et rencontrer les enjeux des changements climatiques. La demande du peuple tibétain est simple : il souhaite préserver son environnement et participer en tant qu’acteur principal à la gestion des ressources naturelles du Tibet. Cela passe nécessairement par
l’identification du Tibet comme troisième pôle, essentiel pour l’avenir de la planète, en lui conférant un statut environnemental spécial et en y associant étroitement et par une participation directe aux prises de décisions le peuple tibétain. Cela passe aussi par une convention internationale sur la gestion de l’Himalaya d’où partent des fleuves aussi emblématiques que le Gange, le Brahmapoutre, le Mékong ou le fleuve Jaune.
Les 18 et 19 novembre 2009, les signataires de la présente carte blanche ont participé à la 5e conférence parlementaire mondiale pour le Tibet à Rome en présence du dalaï-lama qui, au-delà du fait d’être un chef spirituel, est avant tout la personne qui incarne l’espérance des Tibétains et de toutes celles et tous ceux qui militent pour le respect des droits de l’homme au Tibet. Les parlementaires issus de trente pays du monde, qui se sont réunis à cette occasion, n’ont pas participé à un meeting antichinois ! Nous avons apporté notre soutien à la demande légitime du peuple tibétain visant à une autonomie réelle du Tibet, dans le respect de l’intégrité territoriale de la Chine comme énoncé dans le mémorandum sur l’autonomie du gouvernement tibétain en exil en Inde. C’est un rassemblement pour la paix et la liberté des peuples qui a eu lieu. Nous avons tenu à apporter notre soutien au peuple tibétain qui, face à la force, aux armes et à l’intimidation, préfère tendre les deux mains. Une main, depuis 1959, est tendue vers les autorités chinoises, en guise de témoignage de leur volonté de dialoguer. Une main gauche est tournée vers l’extérieur : vers le monde libre, comme un appel non-violent à la solidarité.
http://www.lesoir.be/forum/cartes_blanches/2009-12-08/tibet-le-troisieme-pole-742340.shtml
Richard Gere Comédien, président de l’International Campaign for Tibet
Juliette Boulet Députée fédérale Ecolo
Georges Dallemagne Député fédéral CDH
Xavier Baeselen Député fédéral MR
mardi 08 décembre 2009










