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Arrestation d’un manifestant tibétain au Népal – photo ICT

Synthèse du rapport d’International Campaign for Tibet: « Comment l’influence de la Chine affecte les Tibétains au Népal » (juillet 2009)

La vague de protestation contre l’autorité chinoise qui a débuté au Tibet en mars 2008 ainsi que le renforcement des mesures répressives qui en a résulté ont transformé le paysage politique et eu un impact dramatique sur la situation des Tibétains qui passent la frontière népalaise.

Afin de prévenir les manifestations pro tibétaines au Népal, les autorités chinoises ont intensifié leurs efforts pour influencer le gouvernement népalais, son système judiciaire et la société civile.

Alors qu’un « gentlemen’s agreement » garantissant un transit en toute sécurité pour les Tibétains fuyant le Tibet en passant par le Népal est encore largement appliqué, le gouvernement népalais a adopté une position plus dure à l’égard des manifestations de l’identité tibétaine au sein de la communauté tibétaine implantée au Népal.

Le fait que le gouvernement népalais accède aux revendications chinoises menace l’intégrité de la démocratie et des institutions légales du pays et va à l’encontre des liens culturels et religieux qui existent depuis des siècles entre les peuples de l’Himalaya.

Voici ce que le Népal a concédé à la Chine :

  • De l’approche humanitaire qui a caractérisé le traitement des réfugiés tibétains ces dernières décennies, les autorités népalaises ont adopté une approche « de la loi et de l’ordre ».
  • Le harcèlement et les extorsions des Tibétains résidants de longue date au Népal, ce qui contribue à un sentiment largement répandu de peur et d’insécurité.
  • La suppression des expressions pacifiques de l’identité tibétaine telles que la célébration de l’anniversaire du Dalaï Lama.
  • Des arrestations préventives de Tibétains, contrôles d’identité et fouilles d’habitations.
  • Un important déploiement de forces de police dans la communauté tibétaine.
  • Le harcèlement des journalistes népalais qui tentent de rapporter les actions de la police dans la communauté tibétaine et de nombreux articles dans les médias faisant état de conspirations pour libérer le Tibet.
  • La présence croissante d’organisations sympathiques aux positions du gouvernement chinois, à la fois séculaires et religieuses, certaines étant réputées avoir des liens avec l’ambassade de Chine.
  • La réticence du gouvernement népalais à fournir des solutions durables pour les réfugiés tibétains installés de longue date au Népal, par la régularisation de leur statut légal ou en leur permettant de bénéficier d’un programme d’admission proposé par les Etats-Unis depuis 2005.
  • La couverture hostile de tout ce qui touche à la communauté tibétaine et à ses supporters dans les médias népalais.

Depuis l’établissement d’un nouveau régime à Katmandou, Pékin a opéré un transfert de ses bonnes relations vers le nouveau régime et considère la question tibétaine comme l’élément définissant ses relations bilatérales avec le Népal.

Les autorités chinoises ont aussi intensifié le travail social de proximité à la société civile du Népal, et accentué les échanges commerciaux et culturels. Le résultat de cette influence politique et des priorités de Pékin est une population tibétaine vulnérable, démoralisée et en danger.

Tolérance zero pour les manifestations tibétaines

Suite au renforcement des mesures au Tibet depuis mars 2008, les Tibétains exilés au Népal ont manifesté quasi quotidiennement pendant 6 mois. Les autorités népalaises ont adopté une approche « tolérance zéro » vis-à-vis de ces manifestants et la police népalaise a parfois utilisé la force, de manière excessive, contre ceux-ci.[1] Le gouvernement maoiste a permis aux diplomates chinois une influence extraordinaire et extrajudiciaire dans les questions tibétaines au Népal. Du personnel de l’ambassade chinoise fut remarqué et photographié travaillant derrière la police, guidant le maniement des protestations et arrestations des manifestants, allant même jusqu’à diriger la position des officiers de police népalais.

« Les Tibétains du Népal sont désespérés »…

… déclare lors d’une interview avec ICT un leader de la communauté tibétaine rencontré dans le quartier de Bodnath à Katmandou, l’un des principaux centre du bouddhisme de la ville et lieu de résidence de nombreux tibétains.

« Ils craignent d’être arrêtés par la police ou que celle-ci effectue des descentes dans leurs maisons. Les Tibétains n’ont même pas de droits minimaux et pas de papiers. Cela porte gravement préjudice à notre communauté. La situation fut particulièrement critique sous le gouvernement maoiste. Il est difficile de décrire dans quel état de peur et de vulnérabilité sont les Tibétains. Les gens se sentent invisibles, comme s’ils n’avaient pas le droit d’exister. Ils ne peuvent rentre dans leur pays et ne se sentent pas en sécurité ici. »

Les Tibétains qui sont arrêtés par la police népalaise sur le chemin de la maison sans papiers sont parfois battus, parfois d’importantes taxes sont exigées. On leur dit souvent que cela sera pire pour eux s’ils en parlent au UNHCR[2], à d’autres organisations ou à quiconque.

Pour cette raison, la plupart des cas de harcèlement ne sont pas rapportés. De nombreux cas ont cependant été rapportés à ICT par des sources tibétaines fiables à Katmandou.

Résultat : il est devenu rare de voir des Tibétains dans les rues de Bodnath, un centre de culte à Katmandou, avec ses thangka, ses boutiques, ses artisans, après 18h30. Les Tibétains risquent aussi de se faire arrêter et harceler par la police s’ils reviennent de Thamel, la zone la plus touristique de la ville, après 18h.

Les Tibétains sans papiers de résidents ne sont en général pas autorisés à enregistrer une activité commerciale telle que boutiques, restaurants ou pensions. Selon des anecdotes rapportées à Katmandou, les Tibétains ne sont parfois même pas autorisés à enregistrer des activités commerciales alors qu’ils ont des papiers valides et de l’argent. Il arrive que des Népalais aident les Tibétains en enregistrant leurs commerces à leur nom ou en leur procurant du travail.

D’après un leader de la communauté tibétaine qui vit depuis près de 20 ans à Katmandou, les Tibétains sont parfois soumis à des taxes supplémentaires par rapport aux Népalais – bien que cela soit à replacer dans le contexte actuel de climat politique instable – et nombre de boutiques et affaires sont soumis à des extorsions. Dans un commentaire qui illustre le ressenti de la communauté tibétaine du Népal, le leader explique « Les taxes additionnelles sur les affaires des Tibétains sont clairement dues aux pressions politiques exercées par la Chine, chaque Tibétain sait que le gouvernement chinois veut rendre la situation la plus difficile possible pour les Tibétains au Népal. »

Selon d’autres sources tibétaines au Népal, les Tibétains craignent également que leurs enfants soient empêchés d’étudier dans les écoles népalaises dans certains villages hors de Katmandou. (…) Un membre du Parlement tibétain en exil vivant au Népal depuis 1959 a déclaré à ICT que, cette année, le gouvernement népalais a produit un nouveau formulaire de candidature requérant des enfants qu’ils aient la pleine nationalité népalaise pour pouvoir être admis à l’école.

De 2500 à 3500 Tibétains sont enregistrés chaque année par le HCR et on leur fournit une assistance au Centre d’accueil des réfugiés tibétains à Katmandou. Il y a eu des pics inhabituels mais depuis mars 2008 on constate plutôt un déclin dramatique du nombre de ces réfugiés. Seulement 652 Tibétains sont arrivés sains et saufs au centre l’année dernière. Cette année, on n’en dénombre encore que 300 bien qu’on s’attende à voir ce chiffre augmenter de manière significative en hiver.

Le centre est essentiel pour le bien-être des Tibétains qui arrivent en exil. Mais il est aussi sous surveillance des autorités, à cause de l’intérêt que portent les Chinois aux activités des Tibétains au Népal. Avant le 50ème anniversaire du 10 mars 1959, on rapporte un large déploiement de forces de police au centre, des officiers en civil entrant dans les bâtiments et exigeant des informations sur les noms et mouvements des Tibétains hébergés au centre.

Du côté des frontières également, le gouvernement chinois a commencé à renforcer la sécurité. Juste après la visite d’une délégation chinoise de haut niveau à Katmandou, le ministre de l’Intérieur du Népal a annoncé le déploiement de forces de police armées aux zones frontalières, déclarant que c’était à la requête du gouvernement chinois.

Accéder au dernier rapport complet sur les réfugiés : « Dangerous Crossing : Conditions impacting the Flight of Tibetan Refugees, 2007-2008 »

(en anglais)  http://72.32.136.41/files/documents/2007-2008RefugeeReport.pdf

[1] Rapport de Human Rights Watch.

[2] United Nations High Commissioner for Refugees (Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés).


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