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Le Soir, mardi 18 mars 2008

Souhayr Belhassen Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme (Paris),

Sharon Hom Directrice exécutive Human Rights in China (New York),

Vincent Metten Directeur européen pour International Campaign for Tibet (Bruxelles)

Manifestation à Paris lors du passage de la flamme olympique

Le 8 août prochain, Pékin accueillera avec beaucoup de fierté et en grande pompe les premiers Jeux olympiques de l’histoire de la Chine. Conformément aux principes fondamentaux de la Charte olympique, cet événement sportif a pour but la promotion « d’une société pacifique, soucieuse de préserver la dignité humaine ». Le respect de l’esprit olympique exige « la compréhension mutuelle, l’esprit d’amitié, de solidarité et de fair-play ». Les Jeux de Pékin doivent donc être un moment de partage, de joie et de célébration populaire en Chine et dans le monde entier.
Pourtant un épais nuage noir obscurcit cet horizon et plane déjà au-dessus de la ville hôte. Au mépris des promesses faites par le régime en 2001 pour obtenir les Jeux censés être libres et ouverts, le gouvernement chinois n’a pas amélioré la situation des droits de l’homme. L’attribution des Jeux risque même de produire l’effet inverse à celui escompté par la communauté internationale, et pourrait conférer une plus grande légitimité pour le parti communiste sans avancées significatives dans le domaine des droits de l’homme.
L’inquiétude de nombreuses ONG augmente face à la récente intensification des persécutions dont sont la cible les défenseurs des droits de l’homme, les journalistes, les avocats et les militants de la société civile (tels que Hu Jia, Teng Biao, Chen Guangcheng, Yang Maodong, Yu Jianli, Li Heping…). La surveillance et la censure des sites internet ont été renforcées et la situation des minorités reste très préoccupante. Sur le haut plateau himalayen, les Tibétains sont de plus en plus marginalisés d’un point de vue social et économique, et l’exploitation des ressources naturelles s’accélère depuis l’extension du chemin de fer jusqu’à Lhassa. Le 10 mars dernier, à l’occasion du 49e anniversaire de l’insurrection de la capitale tibétaine, le dalaï-lama a dénoncé dans des termes inhabituellement sévères « le manque de respect du gouvernement à l’égard du peuple tibétain » et les « violations nombreuses, inimaginables et flagrantes des droits de l’homme, le déni de la liberté religieuse et la politisation des problèmes religieux ». Les récentes manifestations, sans précédent depuis 1989, de moines, de nonnes et d’une partie de la population de Lhassa et des autres provinces tibétaines confirment les propos du dalaï-lama.
Face à ce constat amer, la résignation et la passivité politiques dans le reste du monde semblent prendre le pas sur l’action et la volonté de changement. Certaines exceptions méritent tout de même d’être retenues. Le Prince Charles a annoncé qu’il ne souhaitait pas assister à la cérémonie d’ouverture des Jeux en raison de sa sensibilité sur la question tibétaine. Steven Spielberg a renoncé à exercer une fonction de conseiller artistique à cause de la position chinoise concernant le Darfour. Plusieurs athlètes, qui n’ont pas été bâillonnés par leur comité olympique national, ont averti qu’ils feraient des déclarations sur des sujets sensibles. Ces actions ponctuelles prouvent que les JO sont bel et bien une opportunité dont il faut profiter au maximum pour adresser au gouvernement chinois par tous les canaux possibles des messages sur la situation des droits de l’homme et pour l’inciter à introduire des changements positifs dans le domaine des droits humains.
L’Union européenne s’est abstenue jusqu’ici de saisir l’occasion offerte par la proximité des JO pour exprimer publiquement ses sérieuses préoccupations concernant les droits de l’homme, à l’exception notable du Parlement européen. Il est grand temps qu’elle sorte du bois et aborde cette question avec davantage de fermeté et de détermination. Deux fois pas an, l’UE et la Chine tiennent un dialogue (et un séminaire avec des experts académiques et des ONG) entièrement consacré aux droits de l’homme. En 2008, la seconde réunion se tiendra à Pékin sous présidence française. Ces réunions confinent malheureusement les droits de l’homme dans une sphère isolée des autres domaines de coopération. Il faut briser cette séparation. L’amélioration des relations commerciales de l’UE avec la Chine doit être liée à des réformes dans le domaine des droits de l’homme. Les impératifs commerciaux ne sont pas inconciliables avec les droits de l’homme, comme certains tentent de le faire croire. Le principal partenaire commercial européen avec la Chine, l’Allemagne, en a fait la démonstration lorsque la chancelière Angela Merkel a reçu officiellement le dalaï-lama en septembre dernier, juste avant qu’il ne reçoive la médaille d’or du Congrès américain. Espérons que d’autres chefs d’États et de gouvernements européens suivront cet exemple sans craindre le courroux de Pékin.
Dans cette perspective, le Partenariat stratégique en cours de négociation entre l’UE et la Chine devra reposer sur des fondations saines et des valeurs communes comme les respects de la diversité d’opinion, de la liberté d’association, de la liberté de religion et de la dignité humaine. Certaines de ces valeurs sont au cœur de l’héritage olympique que l’UE et la Communauté internationale doivent veiller à sauvegarder, et ce de manière proactive.
Le gouvernement chinois quant à lui a encore beaucoup d’épreuves à surmonter s’il veut trouver une place respectable et respectée dans le cercle des autres grandes nations de ce monde et prouver que sa capitale mérite d’accueillir les Jeux. Il devra commencer par se libérer des fantômes qui hantent toujours la place Tiananmen, où se tiendront d’ailleurs certaines cérémonies des JO. La Chine doit affronter son passé avec courage et arrêter de nier la répression du 4 juin 1989. Il est temps pour elle d’exorciser ses vieux démons en établissant un dialogue direct avec les Mères de Tiananmen et en répondant à leurs revendications (mener une enquête publique approfondie sur la répression du 4 juin, exprimer des excuses publiques, donner des compensations aux familles des victimes et déterminer les responsabilités des personnes impliquées). La Chine doit également respecter toutes les promesses qu’elle a faites pour obtenir les Jeux, ainsi que ratifier le Pacte International relatif aux droits civils et politiques, étendre après les Jeux et aux journalistes chinois les réglementations temporaires dont bénéficient les journalistes étrangers, réformer les lois régissant internet et assouplir les restrictions sur l’accès et la diffusion d’information… La Chine sera également jugée sur sa capacité à s’engager dans de réelles négociations avec le dalaï-lama et ses représentants afin
d’obtenir une véritable autonomie pour tous les Tibétains. Inviter le dirigeant tibétain à se rendre à Pékin pour rencontrer les hauts dirigeants politiques serait un signal extrêmement positif de nature à améliorer la perception et l’image de la Chine à l’étranger.
Le 6 avril prochain, la flamme olympique brillera à Londres, le 7 avril à Paris, avant de poursuivre sa route vers l’Asie en passant symboliquement par le sommet de l’Everest et rejoindre Pékin. Sur son parcours, elle brillera de l’espoir de toutes celles et tous ceux qui désirent ardemment que la Chine réalise des progrès réels dans le domaine des droits fondamentaux, progrès que la population chinoise et la communauté internationale pourront alors légitimement considérer comme un héritage durable des Jeux olympiques. La Fédération internationale des Ligues des droits de l’homme, Human Rights in China et International Campaign for Tibet considèrent qu’il est de la responsabilité de l’UE et de la future présidence française de déployer tous les efforts possibles pour convaincre et aider la Chine à s’engager rapidement dans cette direction.


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Témoignage d'un moine tibétain arrêté en Chine


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