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Le Soir, vendredi 19 octobre 2007

Vincent Metten Directeur européen pour la Campagne internationale pour le Tibet

tribunes_intimidationCe mercredi, j’ai eu la chance d’assister à Washington à la remise, en présence du Président Bush, de la prestigieuse médaille d’or du Congrès américain à Tenzin Gyatso, le 14e Dalaï-Lama. La plus haute distinction civile américaine a été remise par le passé à des personnalités aussi diverses que Martin Luther King, Winston Churchill, Mère Teresa ou encore Nelson Mandela.
Fait hautement symbolique mais aussi politique, c’est la première fois qu’un président américain en exercice apparaît en public au côté du Dalaï-Lama. Dix-huit ans après le Prix Nobel de la Paix, la remise de la médaille d’or au leader bouddhiste est une marque de reconnaissance internationale pour son engagement en faveur de la paix, de la non-violence, des droits de l’homme et du dialogue interreligieux.
Pékin n’a pas négligé ses efforts pour tenter de contrer le Congrès américain. Avant le vote, l’ambassadeur chinois aux Etats-Unis a en vain essayé de dissuader certains membres du Congrès d’attribuer la médaille d’or au leader tibétain. Récemment le porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois, Liu Jianchao, a mené une nouvelle offensive en protestant à Washington contre cette décision qui « est une grossière interférence dans les affaires intérieures chinoises ». Enfin, Pékin a tenté de convaincre Washington de reporter la cérémonie pour éviter qu’elle ne coïncide avec le 17e Congrès du Parti communiste.
Nouvel échec !
En guise de représailles la Chine a annulé sa participation à une réunion sur la question nucléaire iranienne prévue mercredi 17 octobre à Berlin. Triste et irresponsable réaction !
Autre grande première politique, le 23 septembre dernier le moine bouddhiste rencontrait la chancelière allemande Angela Merkel. Parmi les différentes répliques chinoises, la plus virulente et disproportionnée a été le report de la prochaine réunion du dialogue bilatéral sur les droits de l’homme avec l’Allemagne qui devait normalement se tenir à Pékin en décembre. Le Dalaï-Lama a récemment déclaré au sujet de toutes ces pressions : « C’est le pouvoir de l’arrogance. Où que j’aille, la Chine proteste ! »
Enfin, troisième camouflet politique pour Pékin, un peu avant sa rencontre avec Angela Merkel le Dalaï-Lama a serré la main du Chancelier autrichien Gusenbauer à Vienne.
Les tentatives d’intimidation chinoises ont prouvé leurs limites aux Etats-Unis, en Allemagne et en Autriche, contrairement à notre plat pays, où le lobbying chinois a réussi à contraindre le Dalaï-Lama à annuler une visite prévue en mai dernier. Espérons que l’actualité tibétaine fasse encore méditer notre ministère des Affaires étrangères et que cet enchaînement de rencontres politiques inédites se poursuive en Europe et ailleurs.
En décernant la médaille d’or au chef tibétain, les membres du Congrès ont voulu envoyer un triple message politique à Pékin :
– ils veulent rappeler aux dirigeants chinois qu’ils doivent cesser leurs attaques contre le Dalaï-Lama et au contraire lui accorder leur confiance ;
– que la Chine doit mettre fin aux violations des droits de l’homme au Tibet,
– et enfin, qu’il faut poursuivre le dialogue politique avec les envoyés du Dalaï-Lama dans le but d’accorder aux près de six millions de Tibétains de Chine une véritable autonomie sociale, culturelle et religieuse.
En 2008, de nombreuses autres personnes se verront remettre des médailles d’or. Mais cette fois, ce ne sera ni par le Congrès ni à Washington, mais à Pékin dans le cadre des prochains Jeux olympiques de 2008. Pour convaincre les membres du Comité international olympique de leur attribuer les jeux, la Chine avait promis d’améliorer la situation des droits de l’homme. Or aujourd’hui, plusieurs organisations de défense des droits de l’homme qui travaillent sur la Chine s’accordent à dire que, non seulement la situation ne s’est pas améliorée, mais au contraire elle s’est détériorée de manière significative (1). Ces derniers mois on a pu constater un renforcement du contrôle sur Internet, sur les cyberdissidents (2) et sur la presse écrite, une plus grande répression envers les avocats des défenseurs des droits de l’homme, ou encore un contrôle plus étroit sur le bouddhisme au Tibet.
Sur ce dernier point, de nouvelles dispositions légales viennent d’être mises en œuvre qui obligent les lamas réincarnés à être dorénavant reconnus par le pouvoir chinois !
Dans son obsession permanente de maintenir la stabilité et le calme sur son territoire, le gouvernement chinois met tout en œuvre pour éviter que des incidents ne viennent entacher les prochains JO. Quarante-trois catégories de personnes ou d’organisations susceptibles de perturber le bon déroulement des Jeux ont ainsi été épinglées par Pékin et font l’objet d’une surveillance accrue. Le Dalaï-Lama, le gouvernement tibétain en exil et les associations dites « affiliées » figurent en bonne place dans la rubrique « séparatistes » de cette liste noire (3).
De nombreuses ONG utilisent, quant à elles, le contexte des Jeux olympiques pour mener des campagnes de sensibilisation et d’action sur les droits de l’homme en Chine. C’est le cas de la Campagne internationale pour le Tibet qui espère profiter au maximum de cette opportunité sportive pour faire parler de la question tibétaine (4).
Les Jeux olympiques ont donc à ce stade produit l’effet inverse de celui escompté par la communauté internationale : ils ont uniquement renforcé la légitimité du pouvoir de Pékin sans permettre aucune avancée démocratique en contrepartie. Mais la Chine ne pourra jamais gagner une véritable légitimité internationale ni devenir un pays respectable et respecté tant qu’elle refuse de réformer son système politique.
Le moment est maintenant venu d’entrer dans de véritables négociations avec les Tibétains. Inviter le Dalaï-Lama à se rendre en Chine avant les prochains Jeux olympiques serait déjà un premier pas dans la bonne direction.


(1) Voir à ce sujet les différents rapports et notes d’Amnesty International.
(2) Deux cyberdissidents chinois, Zeng Jinyan et Hu Jia, sont d’ailleurs dans les derniers nominés pour le prix Sakharov 2007 du Parlement européen récompensant des personnes ou organisations qui se sont illustrées dans leur combat en faveur des droits de l’homme.
(3) Voir le dernier rapport de Human Rights in China : Human Rights Forum, 2008 and Beyond, pages 48-50,
www.hrichina.org.
(4) Pour plus d’informations, consultez : www.racefortibet.org ou
www.savetibet.org.


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Témoignage d'un moine tibétain arrêté en Chine


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